QVi veult avoir la cognoiſſance
Des metaulx & vraye ſcience
Comment il les fault tranſmuer
Et de l vn à lautre muer,
Premier il convient qu’il cognoiſſe
Le chemin & entiere addreſſe
De quoy ſe doivent en leur miniere
Terrestre former, & maniere.
Ainſi ne fault il point qu’on erre
Regarder es veines de terre
Toutes les tranſmutations
D’on ſont forméz en nations.
Par quoy tranſmuer ilz ſe peuuent
Dehors les minieres, ou ſe treuuent
Eſtans premier en leurs eſpritz :
Aſſavoir, pour n’eſtre repris,
En leur ſoulphre & leur vif argent,
Que nature ha faict par art gent.
car tous metaulx de ſoulphre sont
Forméz & vif argent qu’ilz ont.
Ce sont deux ſpermes des metaulx
Quelz qu’ilz ſoyent, tant froids que chauldz.
L’vn eſt maſle, lautre femelle :
Et leur complexion eſt telle.
Mais les deux ſpermes deſſuſdictz,
Sont compoſéz, ceſt sans redictz,
Des quatre elemens, ſeurement
Cela i’afferme vraiement.
Ceſt aſcavoir le premier ſperme
Maſculin, pour ſcavoir le terme,
Qu’en philosophie, on appelle
Soulphre, par vne facon telle,
N’eſt autre choſe que element
De lair & du feu ſeulement.
Et est le ſoulphre fix, semblable
Au feu, ſans eſtre variable,
Et de nature metalique :
Non pas ſoulphre vulgal inique :
Car le ſoulphre vulgal, n’a nulle
Subſtance (qui bien le calcule)
Metalique, à dire le vray.
Et ainsi ie le prouveray.
L’autre ſperme, qu’eſt feminin,
C’eſt celuy, pour ſcavoir la fin,
Qu’on ha couſtume de nomer
Argent vif, & pour vous ſommer,
Ce n’eſt ſeulement que eaue & terre,
Qui ſ’en veult plus à plain enquerre.
Dont pluſieurs hommes de ſcience
Ces deux ſpermes la ſans doubtance,
Ont figuréz par deux dragons,
Ou ſerpens pires, ſe dict on.
L’vn ayant des ailes terribles,
L’autre ſans aile, fort horrible.
Le dragon figuré ſans aile,
Eſt le soulphre, la choſe est telle,
Lequel ne ſen vole iamais
Du feu, voyla le premier metz.
Lautre ſerpent qui ailes porte,
C’eſt argent vif, que vent emporte,
Qui est ſemence feminime
Faicte deaue & terre pour mine.
Pour tant au feu point ne demeure,
Ains ſen vole quand veoit ſon heure.
Mais quand ces deux ſpermes diſjointz
Sont aſſembléz & bien conjointctz,
Par vne triumphante nature,
Dedans le ventre du mercure,
Qu’est le premier metal formé,
Et eſt celuy qui eſt nomé
Mere de tous autres metaulx,
Philoſophes de montz & vaulx
Lont appelle dragon volant :
Pource que vn dragon, en allant,
Qu’est enflambé avec ſon feu,
Va par lair iectant peu à peu
Feu & fumée venimeuſe
Qu’eſt une chose fort hydeuſe
A regarder telle laydure :
Ainſi pour vray faict le mercure,
Quand il est ſur le feu commun,
C’eſt à dire, en des lieux aulcun,
En un vaiſſeau mis & posé
Et le feu commun diſposé,
Pour luy allumer promptement
Son feu de nature aſprement,
Qu’au profond de luy eſt caché,
Alors ſi vous voulez tacher
Veoyr quelque choſe veritable
Par feu commun dit vegetable,
L’un enflambera par ardure
Du mercure feu de nature.
Alors, ſi eſtes vigilant,
Verrez par l’air iectant, courant,
Une fumée venimeuſe,
Mal odorante, & maligneuſe,
Trop pire, enflambe & en poyſon
Que n’est la teſte d’un dragon
Sortant à coup de Babylonne
Qui deux ou troys lieues environne.
Autres philoſophes ſcavans,
Ont voulu chercher tant avant,
Qu’ilz l’ont figuré en la forme
D’vn lyon volant, ſans difforme.
Et l’ont auſſi nommé lyon :
Pource qu’en toute region
Le lyon devore les bestes
Tant ſoient gentes & propretes
En les mangeant à ſon plaiſir,
Quant d’elles il ſe peut ſaiſir,
Sinon celles qui ont puiſſance
Contre luy ſe mettre en deffence,
Et resister par grande force
A sa fureur, quand il les force :
Ainsi que le mercure faict.
Et pour mieux entendre l’effect,
Quelque metal que vous mettéz
Avecques luy, ces motz notéz,
Soudain il le difformera,
Devorera, & mangera.
Le lyon faict en telle sorte.
Mais sur ce point, je vous enhorte
Qu’il y a deux metaulx de priz
Qui sur luy emporte le priz
En toutale perfection,
L’un on nonme or sans fiction :
L’aultre argent ce ne nye aulcun,
Tant est il notoire à chascun,
Que si mercure est en fureur,
Et son feu allumé d ardeur,
Il devorera par ses faitz
Ces deux nobles metaulx perfaictz,
Et les mettra dedans son ventre.
Ce nonobstant, lequel qu’y entre,
Il ne le consumera point.
Car, pour bien entendre ce poinct,
Ilz font plus que luy endurciz
Et perfaictz en nature aussi.
Mercure est metal imperfaict :
Non pourtant qu’en luy ayt defaict
Substance de perfection.
Pour vraye declaration
L’or commun si vient du mercure,
Qu’est metal perfaict, je lasseure.
De l'argent je dy tout ainsy
Sans alleguer ne cas ne sy.
Et aussi les aultres metaulx
Imperfectz, croissanz, bas & haultz,
Sont trestous engendrez de luy.
Et pource il ny à celuy
Des philosophes, qui ne dise
Que c’est la mere sans fainctise
De tous metaulx certainement.
Parquoy convient asseurément
Que des que mercure est formé,
Qu’en luy soit sans plus informé
Double substance metallique,
Cela clairement je replicque.
C’est tout premierement, pour l’une,
La substance de basse lune,
Et apres celle du soleil,
Qui est un metal non pareil.
Car le mercure sans doubtance
Est formé de ces deux substances,
Estantz au ventre en esperit
Du mercure que j’ai descript.
Mais tantost apres que nature
Haforme iceluy mercure,
De ces deux espritz desusdictz,
Mercure, sans nulz contreditz,
Ne demande qu’a les former
Tous perfaitz, sans rien difformer,
Et corporelement les faire,
Sans soi d’iceulx vouloir deffaire.
Puys quand ces deux espritz s’esveillent,
Et les deux spermes se reveillent,
Qui veulent prendre propre corps :
Alors il fault estre records,
Qu’il convient que leur mere meure,
Nomé mercure, sans demeure :
Puis le tout bien, verifié,
Quand mercure est mortifié
Par nature, ne peult jamais
Se vivifier, je prometz,
Comme il estoit premierement,
Ainsi que dient certainement
Aulcuns triomphans alchymistes,
Affermantz, en paroles mistes,
De mettre les corps imperfaitz,
Et aussi ceux qui son perfaitz,
Soubdain en mercure ceurant.
Je ne dys pas que aulcun d’eulx ment :
Mais seulement, sauf leurs honneurs,
Pour certain ce sont vrays jengleurs.
Il est bien vray que le mercure
Mangera par sa grande cure
L’imperfaict metal, comme plomb,
Ou estaing : cela bien scait on :
Et pourra sans difficulté
Multiplier en quantité :
Mais pour tant sa perfection
Amoindrira sans fiction,
Et mercure ne sera plus
Perfaict: notéz bien le surplus:
Mais si mortifié estoit
Par art, autre chose seroit,
Comme au cynabre, ou sublimé,
Je ne me veulx pas animé
Que revivifier ne se peusse.
Telle verité ne se musse:
Car en le congelant par art,
Les deux spermes, soit tost ou tard,
Du mercure, point ne prendront
Corps fix, ny aussi retiendront
Comme es veines ilz font de la terre.
Ains pour garder que nully n’erre
Si peu congelé ne peult estre
Par nature, à dextre ou senestre,
Dedans quelque terrestre veine,
Que le grain fix soubdain ny vienne,
Qui produira des deux espermes
Du mercure, entier & vray germe:
Comme es mynes de plomb voyez
Si vous y estes convoyéz.
Car de plomb il n’est nulle myne
En lieu ou elle se confine,
Que le vray grain du fix ny soit,
Ainsi que chascun l’appercoit,
Cest ascavoir le grain de lor
Et de largent, qu’est un thesor
En substance & nourriture:
A chascun telle chose est seure.
La prime congelation
Du mercure, est mine de plomb
Et aussi la plus convenable
A luy la chose est veritable:
Pour en perfection le mettre,
Cela ne se doibt point obmettre,
Et pour tost le faire venir
Au grain fix, et toujours tenir.
Car, comme paravant est dict,
Mine de plomb sans contredict
N’est point sans grain fix pour tout vray
D’or et d’argent: cela je scay:
Lesquelz grains nature y a mis
Ainsi comme Dieu l’a permis:
Et est celuy la seurement
Qui multiplier vrayement
Se peult, sans contradiction,
Pour venir en perfection,
Et en toute entiere puissance,
Comme scay par l’expérience,
Et cela pour tout vray j’asseure.
Luy estant dedens son mercure,
C’est à dire non separé
De la mine, mais bien paré.
Car tout metal en mine estant
Est mercure, j’en dis autant,
Et multiplier se pourra
Tant que la substance il aura
De son mercure en verité.
Mais si le grain fix est osté
Et separé de son mercure
Qui est sa mine, bien l’asseure,
Il sera ainsi que la pomme
Cueillie verde, et voila comme
Dessus l’arbre en verité,
Avant quelle ayt maturité,
Quand vous voyez passez la fleur,
Le fruict se forme, soyéz sur,
Lequel apres pomme est nommée
De toute gens, et renommée.
Mais qui la pomme arracheroit
Dessus l’arbre, tout gasteroit
A sa prime formation :
Car homme n'a eu notion
Par art ny aussi par science
Qu’il sceusse donner la substance,
Ne jamais la peusse perfaire
De meurir, comme pouvoit faire
Basse nature bonnement,
Quand elle estoit premierement
Dessus l’arbre, ou sa nourriture
En substance avoit par nature.
Pendant doncques que lon attend
La saison de la pomme estant
Sur son arbre ou elle s’augmente
Et nourrist venant grosse et gente,
Elle prend aggreable saveur,
Tirant tousjours à soy liqueur,
Jusques à ce quelle soit faicte
De verde bien meure et perfaicte.
Semblablement metal perfaict,
Qu'est or, vient à un mesme effect,
Car quand nature a procrée
Ce beau grain perfaict et crée
Au mercure, soyéz certain
Que tousjours tant soir que matin
Sans faillir il se nourrira,
Augmentera, et perfera
En son mercure luy estant:
Et fault attendre jusques à tant
Qu’il y aura quelque substance
De son mercure sans doubstance:
Comme faict sur l’arbre la pomme.
Car je faiz scavoir à tout homme,
Que le mercure en verité
Est l’arbre, notéz ce dicté,
De tous metaulx, soyent perfaictz,
Ou aultres qu'on dict imperfaictz:
Pourtant ne peuvent nourriture
Avoir, que leur seul mercure.
Par quoy je dy, pour deviser
Sur ce pas, et vous adviser,
Que si vouléz cueillir le fruict
Du mercure, qu'est sol qui luist,
Et l’une aussi pareillement,
Si qu’ilz soyent separément
Loingtains en aucune maniere,
L’un de l’aultre sans tarder guiere,
Ne pencéz pas les reconioindre
Ensemble, n’aussi les y joindre
Ainsi comme avoit faict nature
Au premier: de ce vous asseure:
Pour iceulx bien multiplier
Augmenter sans point varier.
Car quand metaulx sont separéz
De la mine, à part trouveréz
Chascun comme pommes petites,
Cueillies trop verdes et subites
De l’arbre, lesqueles jamais
N’auront grosseur je vous promectz.
Le monde à assez cognoissance
Par nature et expérience
Du fruict des arbres vegetaulx,
Et ne font point ces motz nouveaulx,
Que des que la pomme, ou la poire
Est arrachée, il est notoire,
De dessus l’arbre ce seroit
Folie qui la remettroit
Sur la branche pour r’engrossi
Et perfaire: folz font ainsi,
Et gens aveuglés sans raison,
Comme on veoit en maint maison.
Car lon scait bien certainement
Et à parler communément,
Que tant plus elle est maniée
Tant plus tost elle est consommée.
Cest ainsi des metaulx vrayement:
Car qui vouldroit prendre l’argent
Commun et l’or, puis en mercure
Les remettre, feroit stulture.
Car quelque grand subtilité
Qu’on aye, aussi habilité
Ou regime qu’on penseroit,
Abusé on si trouveroit:
Tant soit par eau ou par ciment
Ou aultre sorte infiniment
Que lon ne scauroit racompter
Tousjours se seroit mescompter
Et de jour en jour à refaire
Comme auscuns folz sur cest affaire
Qui veullent la pomme cueillie
Sur la branche estre rebaillée
Et retourner pour la perfaire:
Dont s’abusent à cela faire.
Nonobstant que aucuns gens se avans
Philosophes et bien parlans
Ont tres bien parlé par leurs dictz,
Disantz sans aucuns contredictz
Que le soleil, avec la Lune,
Et mercure, qu’est oportune,
Conjoinctz, tout metaulx imperfaictz
Rendront en œuvre bien perfaictz:
Ou la plus grand part des gens erre
N’ayant aultre chose sur terre
Soyent vegetaulx, animaulx,
Ou pareillement mineraulx,
Que ces trois estans en un corps.
Mais les lisantz ne font records
Que iceulx philosophes entenduz
N’ont pas telz motz dictz ny renduz
Pour donner entendre à chascun
Que ce soit or n’argent commun,
Ny le vulgal mercure aussi:
Ilz ne l’entendent pas ainsi.
Car ilz scavent que telz metaulx
Sont tous mortz, pour vray, sans defaulx,
Et que jamais plus ne prendront
Substance: ainsi demoureront
Et l’un à l’autre n’aydera
Pour le perfaire, ains demeurera.
Car il est vray certainement
Que ce sont les fruictz vrayement
Cueilliz des arbres avant saison
Les laissant la pour tel raison:
Car dessus iceulx en cherchant
Ne trouvent ce qu’ilz vont querant.
Ilz scavent assez bien, que iceulx
N’ont aultre chose que pour eulx:
Parquoy sen vont chercher le fruict
Sur l’arbre qui à eulx bien duict,
Lequel s’engrosse et multiplie
Dejour en jour, tant qu’arbre en plie.
Joye ont de veoir tele besongne.
Par ce moyen l’arbre on empoigne,
Sans cueillir le fruict nullement,
Pour le replanter noblement
En autre terre, plus fertile,
Plus triumphante, et plus gentille,
Et que donner a nourriture
En un seul jour par adventure
Au fruict, qu’en cent ans il n’auroit
Si au premier terrover estoit.
Par ce moyen donc fault entendre,
Que le mercure il convient prendre,
Qui est l’arbre tant estimé,
Veneré, clamé, et aimé,
Ayant avec luy le soleil
Et la lune d’un appareil,
Lesquelz separéz point ne font
L’un de l’autre, mais ensemble ont
La vraye association:
Apres sans prolongation
Le replanter an autre terre
Plus pres du Soleil, pour acquerre
D’iceluy merveilleux prouffit,
Ou la rosée luy suffist.
Car la ou planté il estoit,
Le vent incessamment battoit
Et la froidure, en telle sorte
Que peu de fruict fault qu’il rapporte:
Et la demeure longuement,
Pourtant petitz fruictz seuleument.
435 Les philosophes ont un jardin
Ou le Soleil soir et matin
Et jour et nuict est à toute heure
Et incessament y demeure
Avec une doulce rosée,
Par laquelle est bien arrosée
La terre pourtant arbres et fruictz
Qui la font plantéz et conduictz
Et prennent deue nourriture
Par une plaisante pasture.
Ainsi de jour en jour s’amendent
Recepvuantz fort doulce prebende,
Et la demeurent plus puissantz
Et fortz, sans estre languissantz
En moins d’un an, ou environ,
Qu’en dix mil, cela nous diron,
N’eussent faict la ou ilz estoyent
Plantez ou les froictz les battoyent.
Et pour mieux la matiere entendre,
C’est à dire qu’il les fault prendre,
Et puis les mettre dens un four
Sur le feu ou soyent nuict et jour.
Mais le feu de bois ne doibt estre
Ny de charbon: mais pour cognoistre
Quel feu te sera bien duisant,
Fault que soit feu clair et luisant,
Ny plus ny moins que le Soleil.
De tel feu feras appareil:
Lequel ne doibt estre plus chauld
Ny plus ardent, sans nul default,
Mais tousjours une chaleur mesme
Fault que soit, notez bien ce théme:
Car la vapeur est la rosée,
Qui gardera d’estre alterée
La semence de tous metaulx.
Tu vois que les fruictz vegetaulx
S’ilz ont chaleur trop fort ardente
Sans rosée en petite attente
Sec & transy demourera
Le fructit sur la branche, et mourra,
Ou en nulle perfection
Ne viendra, pour conclusion.
Mais sil est nourry en chaleur
Avec une humide moisteur,
Il sera beau et triumphant
Sur larbre ou prent nourrissement.
Car chaleur et humidité
Est nourriture en verité
De toutes choses de ce monde
Ayant vie, sur ce me fonde,
Comme animaulx et vegetaux
Et pareillement mineraux.
Chaleur de boys et de charbon,
Cela ne leur est pas trop bon.
Ce sont chaleurs fort violentes
Et ne sont pas si nourrissantes
Que celle qui du Soleil vient:
Laquelle chaleur entretient
Chascune chose corporelle,
Pour autant quelle est naturelle.
Parquoy philosophes scavans
Et de nature cognoissans,
Nont autre feu voulu eslire
Pour eulx, à la verité dire,
Que de nature aulcunement
Laquelle ilz suivent mesmement.
Non pas que philosophe face
Ce que nature fait et trace
Car nature ha toupte chose
Crée, comme ici je lexpose,
Tant vegetaulx que mineraulx,
Semblablement les animaulx,
Chascun selon son vray degré
Generante ou elle à priz gré
Comme s’estend sa dominance.
Non pas que je donne sentence
Que les homes par leurs artz font
Choses natureles et perfont.
Mais il est bien vray quand nature
A formé par sa grande facture
Les choses devant dictes, l’home
Luy peut ayder, et entendz comme,
Apres par art, à les perfaire
Plus que nature ne peut faire.
Par ce moyen les philosophes
Scavans et gens de grosse estoffe,
Pour du vray tous vous informer,
Autrement n’ont voulu œuvrer,
Qu’en nature avec la lune
Au mercure mere opportune,
Duquel apres en general
Font mercure philosophal,
Lequel est plus puyssant et fort,
Quand vient à faire son effort.
Que n’est pas celluy de nature.
Cela scavent les creatures
Car le mercure devant dit
De nature sans nul desdit,
N’est bon que pour simples metaulx
Perfaictz imperfaictz froids ou chaulds.
Mais le mercure du scavant
Philosophe, est si triumphant,
Que pour metaulx plus que perfaictz
Est bon, et pour les imperfaictz
A la fin pour les tous perfaire
Et soubdainement les refaire,
Sans y rien diminuer
Adjouster mettre ny muer.
Comme nature les à mis
Les laisse sans rien estre obmitz.
Non que je dye toutefoys
Que les Philosophes tous troys
Les conjoignent ensemble pour faire
Leur mercure, et le perfaire
Comme font un taz d’alchymistes
Qui en scavoir ne sont trop mistes,
Ny aussi beaucoup sage gent
Qui prenent lor commun, largent,
Avec le mercure vulgal,
Puis apres leur font tant de mal
Les tourmentant de tele sorte,
Qu’il semble que fouldre les porte:
Et par leur folle fantasie
Abusion et resverye,
Le mercure en cuydent faire
Des philosophes et perfaire:
Mais jamais pervenir ny peuvent,
Ainsi abusez ilz se trouvent,
Qui est la premiere matiere
De la pierre, et vraye miniere.
Mais jamais ilz ny parviendront
Ne aulcun bien y trouveront
S’ilz ne vont dessus la montaigne
Des sept, ou n’y a nulle plaine
Et par dessus regarderont
Les six que de loing ilz verront:
Et au dessus de la plus haulte
Montaigne, cognoistront sans faulte
L’Herbe triomphante royale
Laquelle est nommé minerale
Aulcuns philosophes et herbale.
Appellée est saturniale:
Alias.lecter.Mais laisser le marc il convient
Et prendre le jus qui en vient
Pur et nect: de cecy t’advise
Pour mieux entendre ceste guyse:
Car d elle tu pourras bien faire
La plus grand part de ton affaire.
C’est le vray mercure gentil
Des philosophes tressubtil,
Lequel tu mettras en ta manche.
En premier toute l’œuvre blanche,
Et la rouge semblablement,
Si mes ditz entends bonnement.
Esliz celle que tu vouldras
Et soyez seur que tu lauras.
Car des deux n’est qu’une pratique
Qu’est souveraine et authentique.
Toutes deux se font par voye vue,
C’est ascavoir soleil et lune.
Ainsi leur practique raporte
Du blanc et rouge, en telle sorte.
Laquelle est tant simple et aysée,
Qu’une femme fillant fuzée
En rien ne s’en destourbera
Quand telle besogne fera,
Non plus qua mettre elle feroit
Couvez des œufz quand il fait froit
Soubs une poulle sans laver
Ce que jamais ne fut trouvé.
Car on ne lave point les œufz
Pour mettre couver vielz, ou neufz
Mais ainsi comme ilz sont faict
Soubs la poulle on les met de faict.
Et ne fait on que les tourner
Tous les jours et les contourner
Soubs la mere sans plus de plait
Pour soubdain avoir le poullet.
Le tout je l ay declaré ample.
Puis apres se met un exemple
Premierement ne laveras
Ton mercure mais le prendras
Et le mettras avec son pere,
Qui est le feu ce mot t appere,
Sur les cendres, qui est la paile
C est enseignement je te baille,
En un voyrre seul qu’est le nid
Sans confiture ny avyz
En seul vaysseau, comme dit est:
De l habitacle, entens que cest
En un fournel faict par raison,
Lequel est nommé la maison,
Et de luy poullet sourtira
Qui de son sang te guerira
Premier de toute maladie,
Et de sa chair, quoy que lon dye
Te repaistra, pour ta viande:
De ses plumes, affin que entende,
Il te vestira noblement
Te gardant de froid seurement:
Dont prieray l’hault createur
Qu’il doint la grace à tout bon cœur
Dalchymistes qui sont sur terre,
Briefvement le poullet conquerre,
Pour en estre alimenté,
Nourry et tresbien substanté.
Comme ce peu que Icy declare
Me vient du hault Dieu nostre pere,
Qui pour sa benigne bonté
Le m’a donné en charité:
Dont vous faiz ce present petit,
Affin que meilleur appetit
Ayez cherchantz et fuyuantz train
Qu’il vous monstre soir et matin:
Lequel j’ay mis soubs un sommaire,
Affin qu’entendiez mieulx l’affaire
Selon des philosophes sages
Les dictz, qu'entendez d avantage.
Je parle un peu ruralement:
Parquoy ie vous prie humblement
De m’excuser & en gré prendre,
Et à fort chercher tousjours tendre.
En mercure est ceque querons:
De luy eſprit & corps tyrons
Et ame auſsi, d’ou ſort teincture
Sur toutes aultres nette & pure.
C'eſt une humeur treſprecieuſe,
Rendant la personne Ioyeuſe.
Faicte est de terre, eau, air, & feu:
Le corps purgé, leſprit conceu
Apres vient la fontaine claire,
Que ne tient en ſoy choſe amere.
Au fond del’giſt le verd ſerpent,
Ou lyon verd, qui la s’ſspand.
Si on l’eſueille, il monte en hault:
Apres chet quand le cœur luy fault.
Tant il ſe laue & tant ſe baigne,
Que comme rouge appert ſa trongue:
Tant est laué d’eaue de vie,
Qu’apres on ne le cognoist mye.
Puis ſe tourne en pierre treſdigne,
Blanche premier, & puis citrine.
Tant amoreuſe eſt à la veoir,
Qu'on peut priſer ſon auoir.